La réglementation européenne sur la gestion des espaces verts prévoit des périodes de fauche strictes, mais des collectivités retardent volontairement cette opération. Cette pratique, encore marginale il y a dix ans, s’étend désormais à de nombreux territoires urbains et ruraux.
Des protocoles scientifiques mesurent l’impact de ce report sur la faune et la flore. Les premiers bilans font état d’une progression significative de la diversité végétale et d’un retour d’espèces pollinisatrices dans les zones concernées.
Le fauchage tardif, une pratique en plein essor dans la gestion des espaces verts
Derrière la gestion différenciée, le fauchage tardif s’impose peu à peu comme une approche concrète pour soutenir la biodiversité. Certaines collectivités, comme la ville de Brignoles qui applique la méthode sur 20 000 m², ou Viarmes qui a banni les produits phytosanitaires, transforment la manière d’entretenir les espaces verts. Le mouvement ne se limite plus aux prairies rurales : il gagne les campus, les abords routiers, les jardins collectifs, et s’invite même dans le tissu urbain.
Quelques cas marquants témoignent de cette tendance :
- Université de Bordeaux : met en œuvre la fauche tardive sur ses campus pour préserver la flore sauvage et soutenir la faune auxiliaire.
- Association Caennaise des Étudiants Naturalistes : de 2009 à 2022, la surface de fauche tardive passe de 5 100 m² à 33 320 m² sur les sites de Caen, Alençon et Cherbourg.
- GreenSheep : associe l’éco-pâturage au fauchage tardif pour limiter la tonte mécanique et renforcer la gestion écologique.
Le fauchage tardif raisonné ne se résume pas à un effet de mode. Depuis 2018, il concerne plus de 12 000 km de routes françaises. L’INRAE mène des suivis réguliers : ses observations révèlent une augmentation de la diversité végétale, une meilleure maîtrise des espèces envahissantes et une grande variété de milieux naturels. La tonte raisonnée s’intègre désormais dans les politiques de développement durable, conciliant attentes visuelles et respect des écosystèmes.
L’idée fondatrice ? Espacer et reculer la date de coupe pour permettre à la flore de se développer, à la faune de s’abriter et de se nourrir. Au lieu d’une pelouse uniforme, on voit apparaître des prairies à plusieurs niveaux, favorables à la nidification, au butinage et à la dispersion des graines. Sur le terrain, la progression rapide du fauchage tardif s’observe dans l’actualité locale comme nationale.
Pourquoi retarder la coupe des herbes change la donne pour la biodiversité ?
Reporter la coupe, c’est offrir aux cycles naturels l’espace et le temps de s’exprimer pleinement. La fauche tardive laisse s’installer la floraison des plantes sauvages, favorise la maturation des graines et leur dissémination. Résultat : les prairies et accotements se couvrent de fleurs attractives, véritables réserves pour une foule d’insectes.
Le suivi de l’INRAE sur les réseaux routiers montre un bond de 30 % de pollinisateurs en trois ans. Papillons, abeilles sauvages, syrphes trouvent là nectar et pollen, indispensables à leur reproduction. Les oiseaux insectivores en profitent à leur tour, y dénichant nourriture et abris pour installer leurs nids dans la végétation haute.
Voici concrètement ce que permet la fauche tardive :
- Nidification des oiseaux : la végétation non coupée protège les couvées du dérangement et des prédateurs.
- Protection de la microfaune : coléoptères, orthoptères, araignées échappent à la destruction des coupes précoces.
- Diversification de la flore : laisser la prairie aller à terme favorise les espèces annuelles, bisannuelles et parfois rares.
En plus, la fauche tardive freine la croissance excessive, retient l’humidité du sol et limite la propagation d’espèces invasives telles que la berce du Caucase ou le chardon. On le constate : une gestion réfléchie de ces milieux herbacés agit comme un levier puissant pour la biodiversité, sans dépendre des produits chimiques.
Des bénéfices concrets pour la faune et la flore locale
Dans les espaces urbains autant que sur les campus, le fauchage tardif modifie sensiblement le paysage, pour les plantes comme pour les animaux. Cette pratique accorde un répit aux plantes annuelles et bisannuelles, trop souvent supprimées par des coupes prématurées. Marguerites, centaurées, orchidées sauvages : leur cycle se complète, les graines se dispersent, assurant la régénération naturelle des prairies. L’expérience menée à Caen illustre bien ce phénomène : la surface de fauche tardive passée de 5 100 m² à 33 320 m² a permis l’émergence d’une diversité floristique insoupçonnée, notamment sur des terrains pauvres.
Côté faune locale, les effets sont tout aussi nets. Insectes pollinisateurs et microfaune bénéficient d’une ressource alimentaire stable et abondante. Papillons, abeilles, bourdons profitent d’une profusion de fleurs, tandis que coléoptères et orthoptères trouvent refuge et survivent à la saison. Les oiseaux insectivores abondent, profitant à la fois de l’abondance de nourriture et de la protection de la végétation haute.
Voici ce que cela concrétise sur le terrain :
- Régénération naturelle des prairies
- Création de refuges pour la petite faune et d’espaces de nidification
- Apparition ou maintien d’espèces rares ou vulnérables
La fauche tardive aide aussi à contenir les espèces envahissantes, comme la berce du Caucase ou le chardon. Sur le terrain, les retours convergent : collectivités telles que Viarmes ou l’université de Bordeaux observent petit à petit le retour d’une nature plus riche et plus robuste.
Adopter le fauchage tardif : conseils et leviers pour agir à son échelle
Le fauchage tardif s’installe dans les habitudes, que ce soit dans le secteur public, chez les agriculteurs ou dans les espaces privés. Les initiatives à Brignoles ou sur les campus bordelais illustrent l’évolution accélérée des pratiques. Pour s’y mettre, commencez par cibler les espaces enherbés, qu’il s’agisse de bords de routes, de parcs, de friches ou de campus : chaque type de milieu offre des marges d’action.
Optez pour une coupe unique, tardive, après la montée en graines. Préférez une faucheuse à lame relevée, moins dommageable pour la faune. Ramassez les résidus, afin de ne pas enrichir le sol et d’encourager l’installation d’une prairie variée. Sur les grandes parcelles, associez fauchage tardif et éco-pâturage : chèvres et moutons rustiques, comme le propose GreenSheep, entretiennent la végétation sans machines.
Quelques leviers à activer :
- Former les agents à la gestion différenciée
- Diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires, à l’exemple de Viarmes
- Planifier la fauche en tenant compte des périodes de nidification et de floraison
- Expliquer la démarche aux riverains : une prairie haute n’est pas le signe d’un abandon, mais celui d’une volonté de préserver la biodiversité
Le fauchage tardif raisonné permet de réduire la quantité de déchets verts, de limiter les frais d’entretien et d’économiser du carburant. Sur les bords de routes, les berges, les campus, la pratique s’étend. Les observations de l’INRAE confirment qu’une gestion adaptée ralentit la repousse excessive et conserve la fraîcheur des sols.
La prairie qui s’échappe à la faux trop pressée n’est pas un signe de laxisme : c’est la promesse d’un paysage vivant, où chaque pousse, chaque vol d’insecte, chaque nid d’oiseau raconte le retour d’une biodiversité conquise de haute lutte.


